L'AVENIR DU CERF       sommaire

                      

"Nous adorons aujourd'hui pieusement les derniers rescapés des espèces que nous avons nous-mêmes détruites naguère. Faudra-t-il attendre, pour que le cerf soit enfin respecté, qu'il ait subi le sort du bison en Amérique, même si les méthodes utilisées pour réduire ou réguler l'espèce sont plus douces, plus sournoises et plus lentes ? …Les emblèmes de dizaines de parcs nationaux et de réserves dans le monde illustrent ce retour en grâce d'espèces qui ne trouvent plus d'autres refuges que dans ces temples bâtis sur la ruine et le génocide de leurs congénères."  (G. JADOUL, J.-P. VERHOEVEN)

"En raison des dégâts qu'il provoque, le cerf voit parfois ses effectifs réduits de façon drastique. Demain, dans les régions de production intensive, le sort de l'espèce dépendra d'abord des grandes orientations du monde agricole et forestier qui pèse de tout son poids sur l'élaboration des plans de chasse…Animal culturel et passionnel, le cerf se trouve donc au centre d'un grand débat - un de ceux qui marqueront le siècle futur - entre une logique commerciale qui s'acharne à " mettre en valeur" la nature et une économie du vivant, plus soucieuse de la préservation du patrimoine naturel, plus préoccupée du long terme."  (G. BONNET, F. KLEIN)

 

LA GESTION :

A l'aube de ce nouveau millénaire l'avenir du cerf apparaît incertain. Même si l'on nous serine qu'il y a une surdensité sur de nombreux massifs, cette constatation est issue des comptages de 1997 et 1998. Depuis, des plans de chasse pléthoriques ont englouti les fruits du capital et ont entamé une bonne partie de ce dernier. La situation est telle que dans certains départements des alliances, entre chasseurs et associations de protections de la faune sauvage, ont pu voir le jour afin d'amener l'O.N.F. à revoir ses plans à la baisse ("les bois de la discorde").
Le cerf est devenu la bête noire de  certaines personnes qui ont repensé la forêt en oubliant sa faune, son environnement et la climatologie.
Au vu d'un guide technique de l'O.N.F. intitulé : "
Gestion des populations de cervidés et de leurs habitats" paru en 1999, fruit de la collaboration de spécialistes de l'O.N.F., de l'O.N.C., du Cemagref et de l'A.N.C.G.G., une petite lueur d'espoir s'est rallumée à la lecture de certains passages. Nous citerons entre autres :
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"La présence de dégâts sur une parcelle n'est pas nécessairement synonyme de l'existence d'un déséquilibre ; le dégât peut être le résultat d'une situation localisée… Il faut bien différencier la notion de dégât et celle des indices de présence."
- "Une adaptation des pratiques sylvicoles visant à mieux prendre en compte la présence des cervidés est nécessaire pour obtenir une augmentation de la capacité alimentaire et de la valeur refuge des peuplements…
La gestion de l'habitat doit viser à favoriser le bien-être des populations animales."
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Privilégier la régénération naturelle : "La régénération naturelle est moins sensible aux risques de dégâts que les plantations… Outre la moindre sensibilité des semis par rapport aux plants, les parcelles en régénération présentent un double avantage par rapport à celles en plantation : la quantité de semis de l'essence objectif est de loin très supérieure, la végétation disponible pour les cervidés y est souvent beaucoup plus diversifiée et de meilleure qualité. Cela permet aux animaux d'exercer pleinement leur sélectivité alimentaire."
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Favoriser la végétation d'accompagnement : "De nombreux exemples notamment en Franche-Comté (CHAUX) et en Bourgogne (CITEAUX), ont clairement montré l'intérêt primordial pour lutter contre les dégâts de cervidés, du maintien et du respect de la végétation d'accompagnement ligneuse qui se développe spontanément dans la plupart des régénérations naturelles ou artificielles… On constate que la végétation d'accompagnement joue un triple rôle vis-à-vis des cervidés : attraction, dilution et protection physique de l'essence objectif."

Ce guide technique est rempli d'informations qui soulignent la possibilité de " faire" de la forêt tout en acceptant les cervidés : bien fondé des cloisonnements qui favorisent la diversité floristique et présentent un intérêt alimentaire pour la faune tout en préservant l'interbande des peuplements. Respect des micro-clairières : "Ces vides de régénération constituent en fait des milieux extrêmement re cherchés et fréquentés de jour qu'il est vain de s'acharner à reboiser". Il recommandé aussi de préserver la tranquillité des animaux : "Il est donc vivement recommandé de ne pas permettre le tir des animaux sur ces lieux aménagés, notamment les zones de gagnage diurne (taillis cynégétiques, pré-bois, plantation de fruitiers, …). Certaines pratiques de chasse, notamment celles systématisant le tir dans des zones ouvertes favorables au gagnage peuvent être à l'origine de concentrations anormales d'animaux dans les peuplements fermés.".
Malheureusement il est, pour l'instant, totalement ignoré par les gestionnaires de nos forêts. Nous ne pouvons que recommander la lecture de ce guide à toutes les personnes qui s'intéressent aux cerfs et à la forêt.                                                                          

Sélection et manipulation génétique : Un autre danger est la sélection effectuée depuis plus d'un siècle par la chasse et le tir dit sélectif. Ce dernier reposant, comme nous l'avons vu, uniquement sur des critères esthétiques définis par l'Homme et non sur des critères dictés par les lois de la Nature et de l'Espèce. Il n'est pas certain que le cerf ayant les plus beaux bois soit le plus fort lors d'un combat au brame et qu'il ait de meilleures capacités adaptatives qu'un cerf au trophée plus modeste. Une telle sélection, sur une durée aussi importante, a certainement une répercussion non négligeable sur l'avenir de l'espèce. A l'époque où il existait encore des prédateurs, comme le loup, la sélection se faisait de manière naturelle en touchant des animaux faibles, malades, déficients : "Une étude en Amérique sur la prédation des cervidés par les loups a montré que ceux-ci prélèvent surtout des faons, des vieux, des malades. De même des travaux sur le buffle montrent que les lions s'attaquent aux vieux qui sont affaiblis par un parasitisme intense à la fin de leur vie (BROSSET 1982). Ces exemples nous montrent que souvent les prédateurs ne sélectionnent pas leurs proies sur les caractères quantitatifs, tels la taille ou le poids. Ils procèdent couramment suivant la loi du moindre effort." (A.N.C.E.R.). Les lois de la prédation permettent donc aux plus forts et aux mieux adaptés de transmettre leurs gênes et de "pousser" la population vers le haut.

                                                                                                                            cerf dominant pendant le brame, il ne porte que 10 cors


LA POLLUTION GÉNÉTIQUE:

.Le cerf d'Ecosse : Depuis les années 70 de nombreux élevages de cerfs se sont développés dans l'Hexagone, favorisés par l'engouement des consommateurs pour la viande de cerf (généralement du daguet ou de la biche car moins fort au goût) et la reconversion d'exploitants agricoles. Or la plupart des cerfs d'élevages viennent d'Ecosse. Il s'agit du Cervus Elaphus Scoticus différent de notre sous-espèce le Cervus Elaphus Hippelaphus. Le cerf d'Ecosse est généralement choisi par les producteurs pour son gabarit plus petit, ses facultés d'adaptation à la captivité et son caractère moins sauvage. Il est indéniable que chaque année une certaine quantité d'animaux quittent les enclos pour rejoindre la forêt soit  grâce à une défaillance du grillage soit aidée discrètement (le lâcher d'animaux d'élevages étant strictement interdit par la loi). L'hybridation entre notre cerf et le cerf d'Ecosse donne des animaux plus faibles, aux capacités adaptatives bien moindres, surtout si les sujets échappés sont de la 2e ou 3e génération. Pour l'A.N.C.E.R. (association nationale des chasseurs écologiquement responsables) : "le gibier d'élevage est presque toujours porteur de germes qui ne demandent qu'à proliférer à l'occasion du stress, des souffrances et des privations qui accompagnent sa mise en liberté dans un milieu inconnu pour ne pas dire hostile. Ce sont ainsi de véritables bombes bactériologiques à retardement qui sont injectées au contact des populations d'animaux indigènes qui risquent alors d'être contaminées à leur tour…Le lâcher d'individus d'origine géographique différente peut engendrer trois effets pervers. L'un est d'ordre physiologique, l'autre chromosomique, le troisième est lié à la non-adaptation au nouveau milieu." Ces citations sont tirées d'un exposé remarquable sur "les dangers des lâchers d'animaux" réalisés par l'A.N.C.E.R.

Le cerf sika (Cervus Sika Nippon) : Venant du Japon ce cerf a fait son apparition en France à la fin du XIXe siècle. Depuis il s'est développé dans de nombreux parcs de vision, publics ou privés. Comme pour le cerf d'élevage il arrive fréquemment que des sujets s'échappent de leurs enclos. Or à l'état sauvage la présence du cerf sika est incompatible avec celle de notre cerf car l'hybridation des deux espèces provoquent une grave pollution génétique (les deux espèces étant différentes : cervus elaphus et cervus sika) et donnent des "fruits" très féconds. La Grande-Bretagne a connu ce fléau et a du abattre une grande partie de son cheptel de Cervus Elaphus. Chaque année, en commission départementale de la faune sauvage et de la chasse, il nous est signalé l'existence d'animaux qui se sont échappés de leurs enclos. La seule solution est alors de les abattre au plus vite, malheureusement certains passent à travers les mailles et des sika nous ont été signalés à proximité de places de brame tant en Haute-Saône qu'à Chaux…

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