« Tout
droit, le cou large et velu, il portait haut son chef couronné d'une
ramure ample et sombre. Ses yeux songeurs regardaient au loin devant lui. Lorsque
le remous des échines se fut refermé sur son corps, ses bois royaux
continuèrent de surgir, haut dressés, par-dessus les bêtes
de son clan.» Maurice GENEVOIX
Dés la mi-août, alors qu’ils arborent leurs nouveaux bois tout juste débarrassés du « velours », les cerfs adultes rejoignent des parcelles qu’ils occuperont jusqu’au mois d’octobre : les places de brame. Le commencement du brame, généralement autour des derniers jours d’août ou des premiers de septembre, n’est pas dû à un seul facteur mais à la conjugaison d’éléments olfactifs( phéronomes laissés tant par les biches en chaleur que par les mâles) d’éléments auditifs( raires) et d’éléments saisonniers( rétrécissement des périodes de jour et abaissement de la température). Le mâle va chercher à regrouper en harde un certain nombre de femelles (généralement de trois à cinq) afin de les féconder. Cette saison est donc intense pour le cerf qui doit veiller sur sa harde, empêcher tout intrus d’approcher les biches et se mesurer aux autres cerfs adultes, à travers des combats dont l’issue peut exceptionnellement être fatale, pour défendre son harem et sa place de brame.
La durée du brame est très variable suivant les régions (plaine, montagne…), les conditions climatiques et les ressources alimentaires. En effet, les années où il y a beaucoup de fruits forestiers, les bichettes prennent du poids plus rapidement et peuvent être en œstrus dés la mi-novembre, ce qui prolonge le brame. La période principale, en Franche-Comté va généralement du 15 septembre au 15 octobre.
LES RAIRES
Nous distinguons
trois sortes de raire. Les raires de marquage et d’appel que l’on peut entendre
tout au long du brame. Ils ont pour fonction de marquer l’emplacement du cerf
vis à vis de ses congénères et d’ « appeler »
les biches. L’observation nous montre que le cerf lance cet appel aux différents
points cardinaux avec un temps de latence et d’écoute plus ou moins important
entre chaque émission. Lorsque le brame est bien « installé
» apparaissent les raires de défi. Ils signent l’état d’excitation
et de nervosité des cerfs. Ils résonnent particulièrement
lorsque des biches traversent des parcelles et atteignent leur paroxysme autour
de la deuxième quinzaine de septembre. Ces raires sont très puissants
et impressionnants, on a le sentiment que tous les cerfs brament en même
temps. Enfin, après un combat, le raire de victoire du cerf le plus fort
est tout à fait caractéristique
COMPORTEMENT DES ANIMAUX
Les mâles
Les mâles adultes dominants (dont
l'âge est supérieur à 8 ans) arrivent les premiers sur leur
place de brame. Ils vont donc veiller à défendre cette place contre
tout intrus et à attirer le plus de biches. Il est impossible de dire
le nombre de biches honorées par un cerf car il est très rare
d'observer ce comportement la journée, sauf en parc, et la nuit nous
sommes aveugles.
Pendant tout
ce temps, le cerf est hyperactif et peut perdre jusqu’à 20 % de son poids.
Il est toutefois erroné de dire qu’il ne s’alimente plus car étant
un ruminant, il doit toujours avoir une certaine quantité de nourriture
au niveau du bol alimentaire.
Dés que le brame monte
en intensité, on peut observer les allées et venues des cerfs
sub-adultes ( entre 5 et 8 ans, environ) qui vont d’une place à une autre.
Ils se déplacent généralement par petits groupes de deux
ou trois sujets et suivent les biches. Ils peuvent défier les cerfs dominants
et certains vont jusqu’au combat. Les cerfs les plus jeunes restent à
bonne distance se contentant d’observer et d’attendre une opportunité.
Ces derniers deviennent plus actifs au mois de novembre lorsque certaines
bichettes entrent en œstrus. A partir de la deuxième semaine d’octobre,
les raires se font plus discrets, toutes les biches adultes sont censées
être fécondées. Les cerfs consacrent plus de temps à
s’alimenter et à reprendre des forces.
Les biches sont très actives. Elles sont visibles sur les sommières en herbe et sur les places de brame qu’elles traversent régulièrement en provoquant un état d’excitation intense chez les mâles. Il est très rare de voir les faons sur les places de brame. Ils se tiennent généralement à proximité, attendant leurs mères. Il arrive qu'un faon soit tué par un cerf, ce comportement est cependant exceptionnel et en Haute-Saône il n'a été recensé qu'une seule fois sur les dix dernières années.