LA GESTION DU CERF
" Les cerfs sont enfermés dans une
forêt où rien n'a été prévu pour eux, que
l'on a aménagée en faisant tout simplement abstraction de leur
existence." G. JADOUL,
J.P VERHOEVEN
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Malheureusement pour lui, dans une forêt de plus en plus tournée vers une productivité intensive, le cerf apparaît indésirable en raison des "dégâts" qu'il peut commettre.
4 LA REGENERATION NATURELLE MIXTE
5 LES PROTECTIONS INDIVIDUELLES
Le cerf a souvent été décrit
comme étant le jardinier de la forêt. Durant 500 000 ans il a façonné
le chêne comme le chêne l'a façonné.
L'abroutissement est la consommation des jeunes pousses et des bourgeons. C'est le dégât le plus répandu. Il n'est pas irrémédiable car une pousse plus vigoureuse finit toujours par échapper aux dents des cervidés.
Des travaux scientifiques récents montrent que l'abroutissement
augmente le développement des racines et permet une meilleure résistance
à la sécheresse.
L'écorçage, beaucoup moins fréquent, consiste à arracher des morceaux d'écorce du tronc. On distingue des écorçages d'hiver et des écorçages de printemps ou d'été. les seconds sont souvent spectaculaires, la sève étant remontée ce sont des lambeaux entiers du tronc qui sont arrachés et certainement les plus préjudiciables pour l'arbre.
Les essences les plus touchées sont le frêne, le hêtre, le pin, l'épicéa et le douglas.
Les raisons avancées pour expliquer ce comportement sont multiples et pas toujours vérifiées: la sur-densité des animaux sur un massif, alors qu'en forêt de Chaux la densité est d'environ 2 animaux aux 100 hectares et a été, à une époque de plus de 6 animaux, nous n'avons jamais constaté de dégâts d'écorçages significativement importants. En Haute-Saône alors que la densité est beaucoup plus faible et le biotope plus favorable ces dégâts apparaissent parfois sur certains massifs. Le dérangement, le cerf est un ruminant et a besoin de périodes de calme pour mener à bien son cycle digestif. Des dérangements fréquents perturbent le cycle de la rumination, induisent un stress important et peuvent provoquer des comportements de dégâts et notamment d'écorçages. La disparition de la biche meneuse, lorsqu'une biche meneuse est tuée à la chasse, il en résulte généralement pour la harde désorganisée une errance avec apparition de comportements de dégâts, en effet les animaux ont tendance à investir les mêmes parcelles et donc à y concentrer leurs prélèvements alimentaires, comme les ressources s'épuisent rapidement l'écorçage devient une nécessité. L'inhospitalité du milieu, dans des massifs très pauvres où règnent la monoculture l'écorçage peut amener l'apport en sels minéraux introuvables ailleurs.
A notre avis ce dégât n'est pas du à un seul facteur mais à la conjugaison de ces différents facteurs et certainement à d'autres que nous ne connaissons pas encore. En ce qui concerne notre propre observation nous avons noté que les écorçages de printemps et d'été concernaient souvent des lieux où se tiennent les femelles et leurs jeunes. Nous avons remarqué que les mâles avaient recours à l'écorçage au moment de la chute des bois ce qui pourrait correspondre à un besoin en sels minéraux.
écorçage
de printemps (frêne) écorçage
d'hiver (trace des dents visible)
Les frottis coïncident avec trois périodes
bien précises :
-Le brame au mois de septembre
-la chute des bois au printemps
-la chute du "velours" des nouveaux bois, durant l'été.
A ces époques le cerf mâle frotte les jeunes arbres avec plus ou moins de violence. En général les arbres cicatrisent assez bien. Les essences les plus recherchées sont les résineux pour leur pouvoir odorant et les feuillus à bois tendre.
LA GESTION DU CERF EST DONC INTIMEMENT LIEE A LA GESTION DE LA FORÊT.
En effet la notion de dégâts est très subjective et peut varier d'une personne à l'autre suivant sa capacité à accepter que la nature n'ait pas une rentabilité de cent pour cent et que l'homme ne soit pas l'unique usager de la terre.
D'autre part il existe des méthodes de culture permettant d'éviter que certains comportements alimentaires ne deviennent des dégâts.
LA REGENERATION NATURELLE MIXTE ET MÉLANGÉE
La régénération naturelle mixte permet aux cervidés de se nourrir sans causer de dégâts d'abroutissement. Le nombre de plants et la largeur des bandes font que seuls ceux situés sur la périphérie sont touchés. Les cloisonnements (ligne entre deux bandes de plants), riches en semi-ligneux et en herbacées, fournissent une nourriture de choix aux cerfs qui sont des herbivores.
Les manchons en plastique permettent de protéger
efficacement les plants contre les dégâts des cervidés et
notamment contre les frottis et les abroutissements. Ils permettent aux animaux
d'avoir accès à la parcelle régénérée.
Au plan biologique ce type de manchon favorise la pousse grâce à
l'effet de serre provoqué.
Cette solution est cependant assez coûteuse. Elle doit être réservée à de petites plantations.
L'engrillagement est la méthode
la plus radicale pour lutter contre les dégâts. Elle présente
toutefois d'importants inconvénients:
Son coût est élevé.
Elle restreint l'espace vital de la faune et risque d'accentuer
les dégâts sur les parcelles voisines.
Elle peut provoquer la mort accidentelle de cerfs qui s'emmêlent
les bois dans le grillage.
Cette solution ne doit être que temporaire.
cerf mort, les bois emmêlés dans un grillage.
D'une manière générale
les dégâts causés par la grande faune sauvage seront fonction
de la capacité d'accueil d'un massif. Le cerf ne cherche pas à
détruire la maison dans laquelle il habite. Il cherche simplement à
se nourrir et pour survivre il est souvent obligé de s'adapter à
l'environnement que nous lui façonnons.
Les dégâts sont souvent le révélateur d'un dysfonctionnement:
prévalence de la monoculture ou de la culture d'espèces exotiques
sur un massif.
Domination de la futaie au détriment du taillis et de la régénération
naturelle.
Absence de petites clairières naturelles et de zones de quiétude.
"Il (le cerf) est le baromètre de la vraie forêt, celle qui non seulement produit du bois, conserve les équilibres écologiques, remplit une fonction récréative mais qui nourrit l'esprit et laisse une place au rêve." G. BONNET, F. KLEIN
"Les bois du cerf mort font l'objet de soins à faire mourir d'envie le cerf vivant le plus choyé." G. JADOUL, J.P. VERHOEVEN
Suivant la densité d'animaux et l'importance des dégâts une commission détermine le nombre d'animaux qui seront soumis au plan de chasse. Ces dernières années le nombre de bracelets étaient d'environ 290 pour la forêt de Chaux et de 160 pour la Haute-Saône.
DIFFÉRENTS MODES DE CHASSE PRATIQUES EN FRANCHE-COMTE
La battue: mode de chasse le plus répandu. Les tireurs se placent autour d'une enceinte à des postes fixes, qu'ils tirent généralement au sort, pendant que des rabatteurs accompagnés de chiens poussent les animaux vers les lignes de tir. Les principaux reproches généralement émis envers ce type de chasse sont de beaucoup blesser les animaux, les actions sont très rapides et ne laissent pas toujours le temps aux chasseurs d'ajuster leur tir. Il en est de même au plan qualitatif, les animaux passant les lignes de tir très rapidement il est difficile d'identifier l'animal qui doit être tiré ou celui qui ne doit surtout pas être tiré comme la biche meneuse ou la biche suitée car son faon deviendrait orphelin et son développement s'en ressentirait ou encore un cerf d'avenir encore trop jeune pour mourir
biche blessée à la patte avant par une balle, au regard éloquent. Personne ne viendra l'achever...
La chasse silencieuse: en Franche-Comté il s'agit d'une chasse essentiellement pratiquée en forêt domaniale ou en forêt privée. La méthode consiste à utiliser l'approche ou l'affût et elle ne concerne qu'un ou deux chasseurs car la clé de la réussite est la discrétion. S'il s'agit d'une chasse moins meurtrière et plus sélective elle soulève toutefois de nombreuses questions quant à la sélection effectuée. Celle-ci ne concerne t'elle que de vieux animaux ou des animaux déficients et malades ou s'attache t'elle à une sélection sur des critères purement esthétiques du trophée convoité: la trophéite. C'est à notre avis le mode de chasse, avec le tir au brame qui devrait être interdit, qui dans certaines régions a porté le plus grand prejudice aux cerfs en décimant les plus grands reproducteurs. Ces régions souffrent désormais d'un deficit chronique en cerfs mâles adultes. Pour les points positifs il s'agit d'une technique qui perturbe très peu les animaux et qui en théorie ne blesse pas. Elle permet aussi de prendre le temps d'observer les cerfs et donc d' avoir une bonne connaissance de leurs comportements.